Peu connue du grand public, la crevette d’eau douce Macrobrachium rosenbergii — aussi appelée chevrette ou gambas d’eau douce — est en train de s’imposer comme une filière aquacole prometteuse en France. Une filière dont l’ADASMAE a été l’un des acteurs fondateurs.
Une espèce tropicale adaptée au climat français
Originaire d’Asie du Sud-Est, le Macrobrachium rosenbergii est élevé dans le monde entier pour sa chair savoureuse et sa croissance rapide. En France, son élevage se pratique en extérieur dans des étangs à fond naturel, sur des périodes de quatre à cinq mois — de fin mai à début octobre — lorsque les eaux atteignent les températures requises pour sa croissance (au-delà de 19°C). L’espèce présente un avantage notable pour la biosécurité : incapable de se reproduire en eau douce, elle ne peut pas coloniser les milieux naturels.
Un modèle artisanal et éco-responsable
Contrairement aux filières crevettières industrielles, l’élevage français de Macrobrachium rosenbergii repose sur un système semi-extensif à faible intrant. Les crevettes se nourrissent principalement de la productivité naturelle des étangs, fertilisés avec des granulés végétaux. Les densités d’élevage restent basses — 3 à 4 individus par m² — dans des bassins de grande taille (0,1 à 0,5 ha). Cette approche est à l’opposé des pratiques intensives qui ont fragilisé l’aquaculture tropicale à l’échelle mondiale.
L’ADASMAE à l’origine de la filière nationale
C’est en 2022 que l’Association Interprofessionnelle de la Crevette d’Eau Douce (AICED) voit le jour, dans le cadre d’un projet porté par l’ADASMAE et financé par le programme France Relance. À l’origine de cette démarche, Géraud Laval — vétérinaire, aquaculteur dans le Gers et adhérent de l’ADASMAE — avait été le premier en France métropolitaine à produire et commercialiser des crevettes d’eau douce, dès 2017, via sa structure Gascogne Aquaculture. C’est sur la base de son expérience pionnière et de sa volonté de structurer une filière collective que le projet AICED a pu prendre corps. Objectif : accompagner les porteurs de projet, partager les bonnes pratiques et défendre leurs intérêts auprès des institutions. Depuis, l’AICED pilote plusieurs projets de recherche, dont le projet OPTICED, lauréat de l’Appel à Projets FEAMPA Innovation 2023 Aquaculture Durable, en partenariat avec l’ONIRIS-INRAE et l’Université de Lorraine.
Un cadre réglementaire en cours de consolidation
Le développement de la filière se heurte encore à des obstacles administratifs. En 2024 et 2025, plusieurs expérimentations ont été autorisées dans la Dombes (Ain) puis en Brenne, après des échanges parfois longs avec les préfectures. Un dossier de régularisation nationale est actuellement en cours d’étude auprès des ministères concernés. L’enjeu : permettre à davantage de pisciculteurs de diversifier leur production vers cette espèce, alors que le réchauffement climatique fragilise les filières traditionnelles de salmonidés.
Des perspectives concrètes pour les producteurs
La crevette d’eau douce représente une opportunité réelle de diversification pour les pisciculteurs français — qu’ils soient en étang de plaine, en polyculture avec des poissons, ou en recherche d’une production locale à haute valeur ajoutée. L’ADASMAE continue de soutenir le développement de cette filière, aux côtés de l’AICED et de ses partenaires institutionnels et scientifiques.
Pour en savoir plus sur l’élevage de crevettes d’eau douce en France : www.aiced.org

